Un mariage bourgeois en 1699
marchaldesalm, samedi 25 novembre 2006 - 02:57:35
Un mariage bourgeois en 1699.
L’analyse d’un contrat de mariage permet de situer une famille, socialement et économiquement. Voici la copie littérale d’un contrat passé par BRAZY, tabellion à Badonviller
(A.D. 54 cote 3 E 55).
"Du dix-septième juin mil six cent quatre-vingt-dix-neuf à Badonviller après-midi. Comme ainsi soit qu’en traitant et pour parlant du mariage futur et espéré à faire si Dieu et notre mère sainte église catholique apostolique et romaine s’y accordent, entre Nicolas HENRIQUEZ, jeune fils maître brasseur demeurant à Chazelles fils de Jean HENRIQUEZ et de Marguerite ARNOULD ses père et mère vivant demeurant à Chazelles, assisté de Jean THOUVENOT maréchal ferrant demeurant à Badonviller son beau-frère d’une part, et Nicolle PIERRE fille de défunt le sieur Demenge PIERRE vivant ancien maire au comté de Salm, et d’honnête Jeanne COSSON ses père et mère assistée de ladite COUSSON des sieurs Anthoine et François les PIERRE ses frères de François MESNIN son beau-frère, et de Nicolas HENRIQUEZ son cousin tous demeurant audit Badonviller d’autre part. Les points et articles matrimoniales ont été accordés comme d’ensuit les parties comparantes en personnes, par devant le tabellion général au duché de Lorraine résidant à Badonviller soussigné et en présence des témoins ci en-bas nommés, savoir qu’ils ont promis se prendre et épouser en face de notre mère sainte église les plus tôt que faire se pourra et qu’entre eux sera résous. Qu’aussitôt la bénédiction nuptiale solennisation et consommation dudit futur mariage, ils seront unis et communs en tous meubles et choses de semblable nature qu’ils ont et auront, acquêts et conquêts, qu’ils seront constant leur mariage pour arrivant la dissolution d’icelui par le décès de l’un être le tout partagé par moitié et égale portion entre le survivant et les enfants ou héritiers du premier décédé, quoi que ladite future soir dénommée ès contrat d’acquêt ou non en payant par moitié les dettes passives contractées pendant ledit mariage futur. Et comme il y a un enfant procréé de ladite future épouse nommée Anne, il est entendu entre les deux futurs conjoints qu’elle sera effrérée avec ceux qui naîtront dudit futur mariage, et partagera également en la succession desdits défunts conjoints après leurs décès, comme l’un desdits enfants, et pour d’autant mieux effectuer la présente clause et donner assurance à l’enfant de ladite future épouse, et qu’au cas que la suite du temps il y viendrait à avoir quelque difficulté entre les enfants qui pourront naître dudit futur mariage et ladite Anne fille à ladite future épouse, ledit futur époux consent qu’elle prenne son partage sur les plus clairs et apparents effets de ses biens meubles ou immeubles à son choix. Moyennant quoi et de toutes les conditions susdites sans lesquelles le dit mariage ne se fût fait, lesdites parties ont promis surabondamment de tenir et avoir pour agréable fermes et établies lesdites conditions les maintenir observer et accomplir inviolablement pour quoi elles ont obligé leurs biens meubles et immeubles présents et futurs partant qu’elles entrent soumis à toute juridiction et renoncent à tous droits et coutumes et autres exceptions faisant au contraire. Fait et passé audit Badonviller ledit jour dix-septième juin mil six cent nonante neuf en présence des sieurs Louis TESTART demeurant à Badonviller et Benoît DROUOT marchand boucher et bourgeois audit lieu témoins qui ont signé et ledit futur époux fait sa marque ordinaire pour n’avoir l’usage d’écrire. Suivent la marque dudit futur époux et les signatures de N. PIERRE, J. COUSSON, A. PIERRE (avec paraphe), F. PIERRE (avec paraphe), F. MESNIN (avec paraphe), N. HENRIQUE, Jean THOUVENOT, TESTART (avec paraphe), B. DROÜOT et BRAZY (avec paraphe)\"
On peut observer que le milieu social de la future épouse est plus élevé que celui du futur, son père était maire de Badonviller, il est qualifié de sieur et sa veuve d’honnête, les frères et le beau-frère font suivre leur signature d’un paraphe. Il s’agit de familles \"qui comptent\" localement.
Le futur époux quant à lui est maître brasseur, mais il ne sait pas signer, son beau-frère est maréchal ferrant et la profession de son père n’est pas indiquée, sans doute est-il laboureur, c’est-à-dire petit propriétaire car un paysan sans moyens n’aurait pas pu faire de son fils un brasseur et un maréchal ferrant avait un certain statut. Il s’agit d’une famille de petite bourgeoisie. La différence de niveau s’explique par le fait que la future épouse avait un enfant naturel et ne pouvait pas trouver d’alliance dans son milieu.
Le nom HENRIQUEZ ou HENRIQUE est le plus souvent orthographié HENRIQUEL, car on ne prononçait pas la consonne finale. Un cousin de la future épouse portait le même nom que le futur époux, sans doute était-il le lien entre les deux.
Eric Marchal de Salm
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