Sainte-Marie-aux-Mines en Alsace ou en Lorraine.

marchaldesalm, samedi 19 janvier 2008 - 15:22:32


Sainte-Marie-aux-Mines en Alsace ou en Lorraine.




Cette localité, dont le nom allemand est Markirch, est mentionnée dès 1078. A partir du XIV° siècle, suite à l’extinction de la lignée des seigneurs d’Echery, et jusqu’à la révolution, la commune est divisée en deux : la rive droite de la Liepvrette est alsacienne et appartient aux seigneurs de Ribeaupierre, germanophones et protestants, tandis que la rive gauche est lorraine et appartient aux ducs de Lorraine, francophones et catholiques. Au XVI° siècle, Sainte-Marie-aux-Mines devient une véritable agglomération. La découverte et l’exploitation des filons argentifères font alors la prospérité de la commune. A partir du milieu du XVIII° siècle, l’activité textile prend le relais. Des produits de qualité réalisés par des drapiers, bonnetiers et passementiers sainte-mariens se vendent à Versailles dès le XVI° siècle. La première filature de coton à main est introduite à Sainte-Marie-aux-Mines en 1755. C’est le début foudroyant de l’industrie cotonnière. Les articles textiles de Sainte-Marie-aux-Mines acquièrent peu à peu une renommée mondiale, et, malgré la crise de ce secteur dans les années 1960, gardent leur label de qualité.

Le pont du Bouduron, daté de 1722 marque la frontière politique entre la Lorraine et l’Alsace. Une borne est scellée dans le parapet au milieu du pont. Elle est frappée d’un double écusson marqué d’une croix de Lorraine d’une part, et des armes des seigneurs de Ribeaupierre d’Alsace, d’autre part.

Sur le plan religieux, c’est un peu compliqué. Il existe neuf lieux de culte, catholique et protestant, soit luthérien soit réformé, mais pas toujours nettement délimités, ceci pour une ville de six mille habitants. Il n’y a pas de synagogue.

Chapelle de la Madeleine. Une première église catholique est édifiée du côté lorrain au X°, XI° ou XII° siècle. Il s’agit de l’église Sainte-Marie-Lorraine, dédiée à Sainte Marie Madeleine. Un sanctuaire lui succède au XIII° siècle, transformé au XVII° siècle. La nef est détruite en 1756. Seul le chœur, entièrement rénové en 1888-1889, subsiste encore. En 1992, des travaux permettent de rendre cet édifice au culte.

Eglise Saint-Pierre-sur-L’Hâte. Selon la tradition, cette église, catholique à l’origine, et construite en 1140, aurait été bâtie à l’emplacement de l’ancien monastère d’Echery. Il semble cependant que les seigneurs de Ribeaupierre aient construit ce sanctuaire aux XV° et XVI° siècles. Dès 1561, l’église est attribuée à la communauté réformée qui se développe avec l’arrivée des mineurs dans le village. En 1685, elle ouvre à nouveau ses portes aux catholiques : sur ordre de Louis XIV, le Simultaneum attribue le chœur aux catholiques et la nef aux protestants. Au XX° siècle, c’est la seule église de France qui accueille les trois cultes catholique, luthérien et réformé. L’édifice est remanié à diverses reprises. Aussi la tour est-elle de style roman, mais le chœur de style gothique tardif, et les fenêtres de la nef, de style Renaissance.

Eglise Saint-Guillaume. Mentionnée en 1464 comme une annexe de l’église Saint-Guillaume d’Echery, cette église est probablement plus ancienne. Elle dessert le ban de Saint-Blaise qui s’étend de l’Isenbach à Saint-Blaise jusqu’au ruisseau de Saint-Philippe à Sainte-Marie-aux-Mines. Depuis la seconde moitié du XVI° siècle, c’est une église luthérienne pour les habitants de Saint-Blaise. L’édifice est de style gothique tardif et Renaissance, et se caractérise par de hautes fenêtres rectangulaires. A l’intérieur, deux pierres tombales datent du XVII° siècle.

Chapelle luthérienne de Fertrupt. Cette chapelle est le lieu de culte des mineurs de Fertrupt, comme l’attestent le marteau et la pointerolle sculptés au-dessus du portail d’entrée. Il semble d’ailleurs qu’une galerie de mines passe à cet endroit. L’édifice est de style Renaissance et conserve quelques vestiges de l’église Sur-le-Pré : la chaire, la balustrade, la pierre tombale de Christian de SCHWENGSFELD (1685-1740), ou encore l’agneau pascal. La première moitié du XIX° siècle est marquée par une poussée démographique, conséquence du développement de l’industrie textile. Cette chapelle, alors trop petite, devient une annexe de la paroisse luthérienne. Elle est entièrement restaurée en 1986.

Chapelle Saint-Mathieu. La chapelle est mentionnée dès 1634 et figure sur la grande fresque de la salle du conseil de l’hôtel de ville en 1722. A l’origine elle est dédiée à Saint Nicolas. Une statuette du saint se trouvait dans la corniche au-dessus de l’entrée. En 1793 la chapelle est vendue comme bien national à un particulier et sert d’entrepôt. En 1824, les héritiers en font don à la paroisse Sainte-Madeleine. La chapelle est restaurée. Elle est placée sous le vocable de Saint Mathieu, du nom du donateur du terrain. Simple dans sa conception architecturale, l’édifice abrite un grand autel sculpté provenant sans doute de l’ancien couvent des Cordeliers.

Temple réformé. La Réforme est introduite à Sainte-Marie-aux-Mines en 1550. Les calvinistes obtiennent, vers 1630, l’autorisation de construire un lieu de culte. Ce temple, de construction typiquement huguenote, constitue l’un des seuls exemples d’architecture réformée en France qui aient échappé aux destructions liées à la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Dépouillement et symétrie caractérisent l’édifice. Le plan, de forme rectangulaire, facilite la disposition des bancs autour de l’autel et de la chaire. Un clocher à bulbe couvert d’ardoises est édifié en 1807, élément insolite dans la tradition architecturale réformée. Pour des raisons de symétrie, les colonnes qui soutiennent le clocher sont dédoublées.

Eglise catholique Sainte-Madeleine. La chapelle de la Madeleine devenant trop exiguë, l’église Sainte-Madeleine est construite à 150 mètres en contre-bas. De style baroque, la façade massive est surmontée d’un clocher à bulbe qui en fait une église typiquement lorraine. Elle dispose d’une grande nef unique, de vastes baies cintrées et d’un chœur polygonal. Cette église est remaniée en 1841. Un orgue de Joseph CALLINET, installé en 1849, et modifié par RINCKENBACH en 1904, est restauré par MUHLEISEN en 1948.

Eglise luthérienne des chaînes. Cette église remplace l’église Sur-le-Pré devenue trop exiguë. Les chaînes qui protègent alors la cour donnent leur nom à l’édifice. Cet imposant monument est caractérisé par un clocher massif et une façade en pierre de taille. La descente de croix, la chaire en chêne et son double escalier, les autres tribunes, l’orgue CALLINET de 1846 et enfin les vitraux du début du XX° siècle sont autant d’éléments qui permettent, en 1995, l’inscription du mobilier de cette église à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Eglise catholique Saint-Louis. Lors de sa visite à Sainte-Marie-aux-Mines en 1673, Louis XIV réintroduit le culte catholique dans la partie alsacienne de la commune : il finance la construction d’une église catholique. Comme son nom l’indique cette église est dédiée à Louis IX. Devenue trop petite, elle est détruite en 1846, puis très vite reconstruite. L’architecture est assez stricte et la façade scandée par des pilastres jumelés. L’église Saint-Louis est, en Alsace, l’une des dernières églises néo-classique avant l’arrivée du néo-gothique. Elle contient aussi quelques éléments baroques, le chœur et les autels latéraux, et possède un tableau de Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes.


Simultaneum :

Une église simultanée est une église qui accueille les cultes de deux confessions chrétiennes différentes, en général catholique et luthérienne, mais parfois luthérienne et réformée.
Il s’agit en France d’une spécificité alsacienne répondant à la mixité religieuse de bourgs et villages ne pouvant s’offrir deux églises, particulièrement nombreux dans le Bas-Rhin. Le partage, qui ne se vécut pas sans conflits, pouvait se faire selon des critères temporels (décalage des jours ou heures de culte) ou spatiaux (chœur aux uns et nefs aux autres).
Ce système du Simultaneum fut tout d'abord mis en place dans le Palatinat du Rhin le 29 octobre 1698, pour favoriser le culte catholique en obligeant les protestants à lui ouvrir partiellement 240 églises. Le régime fut étendu à l'Alsace le 29 mars 1707.
Les articles organiques de 1802 prévoyaient d'y mettre fin, mais ceci aurait obligé l’état à prendre en charge la construction de 150 nouveaux lieux de culte ; il fut donc conservé. Dans la seconde moitié du XIX° siècle, l’augmentation de la population et l’amélioration du niveau de vie permirent à un certain nombre de villages de se doter par leurs propres moyens d’une seconde église. Néanmoins, il subsiste encore de nos jours une cinquantaine d'églises simultanées, le plus souvent des églises luthériennes ou réformées abritant occasionnellement un culte catholique.

Renseignements extraits du patrimoine de "les communes du Haut-Rhin" 1998




Eric Marchal de Salm




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