Depuis le XIII° siècle, Marville et Arrancy étaient sous la co-souveraineté des familles de BAR et de Luxembourg. En février 1529 le nouvel Empereur Charles-Quint et le duc Antoine conclurent un accord à propos de ces Terres Communes. Leur neutralité fut reconnue et confirmée à plusieurs reprises, notamment en 1595 par Henri IV et en 1596 par MANSFELD, gouverneur espagnol pour le Luxembourg. Cette situation profita aux habitants, nobles et bourgeois. En 1602, après de longues négociations, les ambassadeurs lorrain et espagnol signèrent à Marville la convention de partage des Terres Communes : la région de Virton au Luxembourg, Arrancy et les villages voisins au duc ; Marville et plusieurs localités voisines gardèrent le statut de "Terre Commune".
Le cimetière Saint-Hilaire :

Son intérêt est lié au passé historique de la ville, chef-lieu d’une prévôté double pendant plusieurs siècles. Ce statut politique original, cette situation privilégiée ont entraîné la création d’une classe d’officiers ducaux, représentants des prévôtés luxembourgeoise et lorraine, résidant à Marville. C’est cette classe sociale bien particulière qui, comme elle avait fait construire des hôtels particuliers dans le bourg, a fait dresser sur ses sépultures les monuments qu’elle ne pouvait pas faire appliquer sur les murs de l’ancienne église Saint-Hilaire ou de l’église paroissiale, réservés aux familles nobles et aux bienfaiteurs de la paroisse. C’est pourquoi l’on trouve sur beaucoup de tombes les noms de prévôts, de lieutenants-prévôts, d’échevins de justice, de clercs jurés ou de receveurs, représentant tantôt le duc de Lorraine, tantôt les archiducs espagnols, voisinant avec les officiers municipaux et les bourgeois de Marville enrichis par le commerce. La période la plus prolifique en monuments de qualité correspond précisément à l’époque la plus brillante de l’histoire de Marville, c’est-à-dire à la période hispano-lorraine (fin XV° siècle-1661) à laquelle la conquête française mettra fin.
Notice extraite de l’encyclopédie illustrée de la Lorraine, les temps modernes, volume un, sous la direction de Guy CABOURDIN, 1990.
Les os rangés de Marville :
Le village possède, hors la ville, un cimetière extraordinaire. On y a enterré les gens du pays depuis huit siècles, sans discontinuer.
Dans sa petite chapelle funéraire et aux alentours, on voit des tombes de toutes les époques. Mais près de l’entrée se trouve une petite bâtisse, l’ossuaire, où se trouvent les os rangés.
Depuis des siècles, on regroupe ici les ossements retirés des tombes qui ne sont pas des concessions à perpétuité. Ils sont triés par catégorie et empilés le long des murs. Il y en a 40 000 dit-on, bien rangés, bien propres, qui se couvrent de verdure avec l’humidité ambiante, car la pièce est grillagée mais pas murée. Mais on n’en a pas ajoutés depuis fort longtemps.
Il semble que les personnalités ont eu au début du XIX° siècle un traitement de faveur : leur crâne a été mis en valeur dans des boîtes aux ouvertures ouvragées, familièrement appelées "horloges", portant une inscription déclinant leur identité passée, date du décès et âge, et parfois des détails complémentaires. Cette pratique s’arrête au milieu du XIX° siècle, si l’on en croit les inscriptions.
Plusieurs ossuaires semblables ont été signalés en Bretagne. Il existe encore d’anciens ossuaires comme l’Aître Saint-Maclou, à Rouen, mais ils sont vides et ne servent plus. Quant aux ossuaires des guerres, 1914-18 par exemple, les ossements n’y sont pas triés à l’air libre.
Complément d’informations dû à Pascal GROSDIDIER.